Biographie d’Etienne Roda-Gil

1967 / 1980

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Nous sommes à Paris en 1967 et un certain Paul-Alain Leclerc, étudiant en première année de droit, passe le plus clair de son temps non pas à la fac, mais à  « L’Écritoire », place de la Sorbonne, un bar à la clientèle très diversifiée. C’est là que le destin d’Étienne va se jouer le jour où celui qui va devenir Julien Clerc lance soudain à la cantonade : « J’écris des chansons, qui veut m’écrire des textes ? ». Étienne se trouve là, et décidant de relever le défi, sans lever les yeux, répond : « moi ». C’est une rencontre coup de foudre, véritablement passionnelle, et le début d’une longue collaboration qui donnera d’abord « La Cavalerie« , programmée pour la première fois à la radio le 18 mai 1968, bien que leur première chanson écrite en commun soit « La Tarentelle« , qui ne figure que sur le 2 disque de Julien Clerc.

Roda-Gil exerce une véritable fascination intellectuelle sur Julien. Sensiblement plus vieux, c’est un brillant théoricien autant qu’un passionné des mots : il impose à travers la voix de Julien son style, réputé parfois hermétique, et les tubes vont s’enchaîner : « Jivaro Song« , « Yann et les dauphins« , « La Californie« , « Carthage« , « Le Caravanier« . En novembre 70, sortira ce qui reste un des plus beaux albums de Julien, dont 10 des 12 titres seront signés par Etienne, avec « Ce n’est rien« , « Adelita« , « Niagara« .

Avec « La veuve de Joe Stan Murray« , il franchit un nouveau cap : ses textes se font plus abstraits, surréalistes, symboliques. Il proclame fièrement : « on a quand même réussi en 12 ans à ne jamais dire « je t’aime » » ! Suivra l’une des plus belles chansons de sa carrière, « le cour volcan » et ce qui deviendront des classiques du duo : « Si on chantait« , « Poissons morts« , et « Le Patineur » (1972), symbole de la première époque de Julien, dont les nostalgiques seront baptisés par Julien lui-même « Le Club des Patineurs », dont beaucoup se réclament encore aujourd’hui.

Roda-Gil l’anarchiste

Roda-Gil participa au Groupe libertaire de Ménilmontant, fréquenta les situationnistes. Anarchiste , il participa souvent aux manifestations de la Confédération Nationale du Travail

De même que les livres d’Étienne Roda-Gil sont emprunts d’une révolte, les textes qu’Etienne Roda-Gil avait écrits pour Julien, bien avant d’écrire « Utile », témoignent de son désir d’être le témoin des injustices de ce monde, de l’absurdité des guerres.

London Derry »
Le 30 janvier 1972, des manifestants pacifistes du Mouvement pour Les Droits Civiques nord-irlandais de London Derry furent victimes de l’armée qui tira sans discrimination sur la foule (Bloody Sunday) « dimanche sanglant ». Ce jour-là marque le début de la radicalisation du conflit nord-irlandais qui a fait, à ce jour, 3000 morts.
dans une langue désespérée,
il était question de chiens et d’Anglais
On dit qu’ils sont catholiques
courageux et alcooliques
Mais leurs enfants mêmes les plus petits
savent se servir d’un fusil

« Poissons morts
Qui descendez cette rivière »
Un texte résolument anti-guerre dont les dieux ne devraient pas être fiers:
« Que la graisse de mitrailleuse
N’est pas la brillantine des dieux »

J’ai lu le livret « Poissons morts« , tiré de « Propos d’infanterie« . L’auteur Pierre Mac Orlan était correspondant de guerre pendant la Grande Guerre (1914-1918). Je suis presque sûre qu’Étienne Roda-Gil a été inspiré par ce livre.
Je vous mets ci-dessous un extrait:
Nous traversâmes la Moselle. Ses eaux vertes roulaient une multitude de poissons qui, le ventre en l’air, suivaient le cours de la rivière. (…) Nous ne connaissions pas encore la grenade et ses applications pour la pêche. L’avis que les Allemands avaient empoisonné les eaux de la Moselle prévalut donc faute de mieux.
Ce que Mac Orlan, comme Étienne Roda-Gil, relève, c’est que plutôt qu’une explication simple (c’est-à-dire jeter une grenade à l’eau pour nourrir une infanterie), on préfère prêter à l’adversaire une intention diabolique (l’empoisonnement de la rivière), idée qui divisera encore plus les deux camps.
Dans la chanson « Poissons morts« , Étienne insiste sur le fait qu’on pourrait vivre ensemble en paix, mais les hommes inventent des divisions économiques, ethniques ou religieuses qui donnent naissance aux guerres:
« Les hommes jettent des barrières
Toujours entre eux et le bonheur »

Mala Pata
Mala Pata

Paroles libertaires
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Terminé
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Ma préférence
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